Christine Pujol - Présidente de l'UMIH - Paris 16 mars 2010
Christine Pujol, présidente contestée du principal syndicat des restaurateurs, a quitté son bureau où elle se barricadait depuis neuf jours. La justice a rejetté la demande d'expulsion de la nouvelle direction. C'est une victoire sur ses opposants, la justice ayant même ouvert la voie à un nouveau scrutin pour la tête de l'Umih.
Le tribunal de Paris a rejeté la demande d'expulsion en urgence de Christine Pujol déposée par la nouvelle direction de l'Umih, celle qui avait pris les rênes de la confédération syndicale, lors d'un coup de force en novembre dernier.
Depuis le 10 mars, Christine Pujol s'était enfermée, avec une de ses collaboratrices, dans ce qu'elle considérait être "son" bureau.
Dormant à même le sol dans cet immeuble des quartiers chic de Paris, ravitaillée par la fenêtre, cette femme de 61 ans, à la tête avec sa famille de cinq établissements à Carcassonne, n'avouait qu'un seul objectif, celui de retrouver son poste de patronne du premier syndicat des hôteliers, restaurateurs et cafetiers.
"Je reste présidente confédérale", s'est réjouie Mme Pujol lors d'un point presse avant de quitter son bureau.
Mais le juge des référés n'a pas seulement rejeté la demande d'expulsion, il a chargé un administrateur judiciaire d'organiser de nouvelles élections, seule voie possible, selon les deux camps, pour sortir de ce conflit.
Après un week-end auprès des siens à Carcassonne, elle sera "lundi (à l'Umih) pour travailler avec l'administrateur judiciaire". "C'est une version judiciaire de l'arroseur arrosé", a souligné son avocat Me Henri de Beauregard puisque le juge a également "renforcé la légitimité" de sa cliente.
Dans son ordonnance, le magistrat note ainsi que "l'Assemblée générale extraordinaire" qui aurait révoqué Mme Pujol en novembre avait été "manifestement convoquée de façon irrégulière". Or, c'est la thèse soutenue par Christine Pujol depuis ce congrès mouvementé.
Le tribunal en a déduit que la présence de Mme Pujol à l'Umih ne constituait pas un "trouble manifestement illicite".
En revanche, l'interdiction qui lui est faite "de circuler librement à l'intérieur des locaux" de l'Umih constitue "un tel trouble", écrit-il, ordonnant l'expulsion des deux vigiles qui surveillaient jour et nuit Mme Pujol et sa collaboratrice avec ordre de les empêcher de rentrer si elles sortaient des locaux.
"L'Umih ne fera pas appel", a déclaré à l'AFP, Roland Héguy, élu lundi à la présidence de l'Umih lors d'un scrutin organisé par l'équipe aux commandes depuis le mois de novembre.
"Ces élections règleront les choses une bonne fois pour toutes", a-t-il ajouté, annonçant d'ores et déjà qu'il serait candidat.
Pour l'un des avocats de la nouvelle direction de l'Umih, Me François Froment-Meurice, il s'agit pour Mme Pujol d'une "victoire à la Pyrrhus puisque les nouvelles élections montreront qu'elle n'a pas de majorité".
Pour preuve, 90% des présidents départementaux ont participé au scrutin qui a porté Roland Héguy lundi à la tête de l'Umih, alors que Mme Pujol avait demandé à ses partisans de ne pas y participer.
Un référé d'expulsion sera examiné par la justice :
La justice, saisie mardi pour tenter de dénouer l'imbroglio à la tête de l'Umih, le principal syndicat d'hôteliers et de restaurateurs, s'est donné jusqu'à vendredi au plus tôt, pour se prononcer sur la demande d'expulsion de Christine Pujol, toujours barricadée dans son bureau.
Jointe par téléphone par l'AFP, Christine Pujol "attend le délibéré", prête à passer encore plusieurs jours et nuits dans cette pièce.
Lors de l'audience, l'avocat de ses opposants a mis en avant le "trouble illicite" constitué par cette occupation qui dure depuis mercredi soir dernier et "l'urgence" à libérer les locaux.
De son côté, le conseil de Christine Pujol a estimé qu'il était impossible à la justice de se prononcer en urgence sur cette expulsion tant que la guerre des chefs au sein du syndicat n'aura pas été tranchée.
Si les positions apparaissent irréconciliables, l'histoire de Christine Pujol et de l'Umih avait pourtant débuté sous les meilleurs auspices puisqu'elle avait été élue, avec sa vice-présidente Dany Deleval, dès le 1er tour avec 55% des voix.
Elles avaient alors largement devancé le tandem soutenu par le sortant André Daguin.
Christine Pujol estime s'être attiré de sérieuses inimitiés en voulant "moderniser le syndicat", et "donc bousculer des habitudes" et peut-être "aussi certains ego".
"En voulant la clarté et la transparence, Christine Pujol s'est mise tout le monde à dos", souligne un de ses proches qui préfère garder l'anonymat. "Surtout quand elle s'est attaquée à l'Umih formation", une association chargée d'organiser des formations pour les restaurateurs, et qui dispose de solides revenus.
"J'ai beaucoup travaillé, je me suis beaucoup investie dans tous les dossiers, et certains avaient sans doute intérêt à ce que je ne reste pas là", explique-t-elle prudemment.
"Tous les dirigeants de ces associations ou organismes satellites de l'Umih avaient été nommés par mon prédécesseur", ajoute-t-elle, visant André Daguin.
Pour ses opposants, Christine Pujol a été "destituée" parce qu'elle n'a pas toujours "respecté la collégialité", mais aussi a engagé des "dépenses somptuaires", ont expliqué à l'AFP Thierry Grégoire et Bertrand Lecourt, membres du nouveau directoire.
A demi-mots, la nouvelle direction concède que le coup de force de novembre n'était peut-être pas légal, mais que l'important est que Mme Pujol n'a plus une majorité d'adhérents derrière elle.
Lundi, des élections, organisées par la nouvelle direction, ont mobilisé 90% des électeurs. Un record, selon elle.
Pour le nouveau président, Roland Héguy, la communication autour de la baisse de la TVA a été "désastreuse".
Interrogé par téléphone dans le bureau où elle est retranchée, Christine Pujol continue de se présenter comme "une légaliste", qui veut seulement reprendre sa place de présidente et "organiser des élections si les adhérents le demandent".
"Ses seules revendications sont financières", selon la nouvelle direction.
"C'est faux. Leur argent ne m'intéresse pas", rétorque-t-elle. Et d'ajouter : "ce n'est pas parce qu'ils ne s'intéressent qu'à l'argent que tout le monde est comme eux".
Vendredi, elle a porté plainte pour "harcèlement", éloignant un peu plus toute perspective de réconciliation. La plainte a été classée sans suite dès mardi par le parquet de Paris.
De son côté, la présidente du Medef, Laurence Parisot, a appelé "toutes les parties prenantes de ce dossier à la raison", demandant "à tout le monde de retrouver la mesure et la sagesse".
Enfermée dans son bureau depuis une semaine :
Le premier syndicat de l'hôtellerie-restauration, l'Umih, s'est doté d'un nouveau chef lundi, lors d'un scrutin où la participation a dépassé les 90%, affaiblissant Christine Pujol qui continue à en revendiquer la présidence et à en occuper le bureau.
Roland Héguy, président de la section basque de l'Organisation, a été élu avec 80,2% des voix à la tête de l'Umih, en tandem avec Hervé Becam, président de l'Umih Finistère, au poste de vice-président.
Les deux hommes se sont "réjoui" d'une participation jamais vue lors d'une élection à l'Umih, lors d'un point-presse organisé dans des locaux de l'organisation patronale.
Ces élections étaient la suite annoncée de la prise de pouvoir à l'Umih en novembre dernier par les détracteurs de la présidente élue Christine Pujol, qui avaient organisé une assemblée générale extraordinaire (AGE), en marge d'un congrès annuel très mouvementé.
Cette dernière, enfermée dans le bureau de la présidence au siège de l'Umih depuis mercredi soir, conteste toujours la légalité de l'AGE qui l'a destituée et toutes les décisions qui ont suivi.
Elle sort affaiblie de ces élections puisque elle avait demandé à ce que les présidents de départements n'y participent pas. Seuls "5 ou 6" sur 102, selon MM. Héguy et Becam n'ont pas pris part au vote.

Christine Pujol - Présidente de l'UMIH
Christine Pujol en est à 6 jours de résistance :
Ravitaillée par la fenêtre, dormant sur la moquette et privée de télévision, Christine Pujol, 61 ans, vit cloîtrée depuis cinq jours dans un bureau des quartiers chic de Paris pour contester sa destitution de la présidence du premier syndicat de l'hôtellerie-restauration.
Les sacs de couchage sont discrètement pliés dans un sac dans un coin du bureau, du linge et des serviettes de toilette sèchent sur le radiateur: la vie quotidienne s'est peu à peu organisée dans le bureau de la présidence au siège de l'Umih, occupée jour et nuit depuis mercredi soir par Christine Pujol.
Contestée depuis de nombreux mois, "destituée" par ses détracteurs en novembre, Christine Pujol s'est barricadée, avec l'une de ses collaboratrices, dans ce qu'elle considère être son bureau.
Cantonnées à cette pièce et à quelques mètres de couloir qui leurs permettent d'accéder aux toilettes, les deux femmes remontent par la fenêtre jusqu'à leur 3e étage des vivres apportées par leurs proches et déposées dans un sac dans cette rue du VIIIe arrondissement. Sac accroché à... un cordon vidéo du grand écran.
"Ce cordon a été coupé au couteau pour nous empêcher de regarder la télévision", explique-t-elle.
Du "harcèlement" pour cette femme, la soixantaine élégante à la tête avec sa famille de cinq établissements à Carcassonne, dont trois hôtels, qui a porté plainte auprès du procureur de Paris.
"Il n'y a aucun harcèlement", répond l'avocat de la nouvelle direction de l'Umih, Rémi Barousse. Mme Pujol et sa collaboratrice "s'autoséquestrent" puisqu'elles restent "entièrement libres à tout moment de quitter le siège de l'Umih".
Cette nouvelle direction a demandé à la justice de pouvoir expulser les deux femmes, "occupantes sans droit, ni titre". L'audience aura lieu mardi après-midi et, en attendant, la vie quotidienne de ces dernières n'a pas été facilitée.
"On peut sortir du bureau, mais si on sort on ne pourra plus revenir", explique Christine Pujol, surveillée jour et nuit par deux employés d'une société de gardiennage qui ont ordre de ne laisser entrer personne et de veiller à ce qu'elle n'aille pas dans les autres bureaux.
La cafetière a disparu vendredi soir, emportée par les derniers élus et salariés quittant le bureau. Le rouleau de papier n'a pas été renouvelé dans les toilettes.
"Tout ça nous conforte dans nos convictions", a-t-elle expliqué lundi à l'AFP. Elle revendique une certaine "ténacité, une qualité pour une syndicaliste".
Dimanche matin, elle a même fait "un peu de gym et de stretching". Objectif avoué "me maintenir en forme, n'être ni énervée ni déprimée".
Conflit au sein de l'UMIH pour la présidence :
L'élection d'un nouveau tandem président et vice-président reste prévue lundi malgré la fermeture des services jeudi, à la demande de la direction intérimaire hostile à Mme Pujol, et l'absence des salariés invités à rentrer chez eux "à titre conservatoire".
La nouvelle direction, incarnée par André Daguin, a par ailleurs déposé au tribunal de grande instance de Paris un référé d'heure à heure visant à faire expulser Mme Pujol du bureau qu'elle occupe, a précisé le président de la branche hôtellerie saisonnière, Thierry Grégoire.
"Cette élection n'a pas lieu d'être", a déclaré jeudi soir à l'AFP Christine Pujol qui conteste toutes les décisions de cette direction née du coup de force opéré en marge du congrès annuel du syndicat en novembre.
Une assemblée générale extraordinaire, convoquée à la hâte, avait "destitué" Christine Pujol et désigné André Daguin, son prédécesseur, comme président par intérim en charge d'organiser des élections.
Mardi, la justice a débouté, pour des raison de procédure, Mme Pujol qui tentait de faire reconnaître qu'elle restait présidente de la confédération.
Cette dernière a décidé de réintégrer mercredi soir un bureau qui lui était interdit d'accès depuis novembre pour tenter de "trouver une solution", a-t-elle expliqué et ne l'a pas quitté depuis.
Selon un communiqué de la nouvelle direction, Mme Pujol a tenté de négocier son départ contre des indemnités financières pour elle et une collaboratrice et la prise en charge de frais de justice. La nouvelle direction a indiqué que ces demandes devaient être examinées par le conseil d'administration et pourraient être inscrites à l'ordre du jour de la prochaine réunion.
"Elle n'est pas là pour une histoire d'argent", a réagi son entourage rappelant que Mme Pujol est à la tête de quatre hôtels-restaurants à Carcassonne.



